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« Les villes, les cantons et la Confédération ont besoin les uns des autres. »

11 mars 2026 – Corine Mauch a été présidente de la Stadt Zürich pendant 17 ans et vice-présidente de l’Union des villes suisses. En 2026, elle ne se représente pas aux élections. À l’occasion de son départ, nous avons voulu savoir comment Zurich a changé et quels sont ses vœux pour l’avenir de sa ville et de la Suisse urbaine.

Cela fait 17 ans que vous êtes maire de Zurich. Si vous décrivez le chemin qui vous amène chaque jour au travail: comment la ville a-t-elle évolué durant tout ce temps?

« Si je » regarde concrètement mon trajet jusqu’à la mairie, je constate qu’aujourd’hui, il y a beaucoup plus de Zurichois·e·s qui se déplacent à vélo qu’en 2009. De fait, la part du vélo dans le trafic de la ville a plus que doublé. En même temps, il y a bien sûr aussi beaucoup plus de gens qui vivent et travaillent ici: depuis 2009, Zurich a accueilli près de 70 000 habitant·e·s supplémentaires, et il y a aujourd’hui quelque 100 000 emplois de plus qu’à l’époque.

 

Vous avez passé une partie de votre enfance dans la grande ville de Boston et l’autre dans un petit village d’Argovie. Vous souvenez-vous de la façon dont vous avez abordé la ville, enfant et adolescente?

Boston n’est pas tellement plus grande que Zurich. En revanche, Oberlunkhofen était un village. Il y avait deux ou trois liaisons quotidiennes avec Zurich par Car postal. Je suis venue à Zurich quand j’étais étudiante, j’y ai fait des études d’agronomie à l’EPF. Et j’y ai pris racine. Dans des cercles scientifiques, politiques, féministes et culturels. Aujourd’hui, Zurich est mon chez-moi.

 

Qu’est-ce qui vous a amenée à la politique communale? Y a-t-il eu un évènement clé qui vous incitée à vous engager à cet échelon de l’État?

Politiquement, je me suis engagée tôt, mais j’ai longtemps été d’avis que je ne devais pas forcément être dans un parti. Puis il y a eu pour moi cet évènement décisif, lorsque j’ai pris mes fonctions de première responsable des déchets et de l’environnement de la ville d’Uster. J’ai vite compris qu’un grand parti fort ouvre un réseau important. C’est ainsi que j’ai rejoint le PS. Et je n’ai pas tardé à prendre plaisir à participer au fonctionnement et à l’organisation de notre démocratie.

 

Vous êtes la première femme maire de Zurich, et vous avez été réélue quatre fois. Quel effet cela fait-il?

Les débuts n’ont pas été faciles, j’étais la première femme dans ces fonctions et donc très observée. Il a fallu aux gens un peu de temps pour s’habituer à moi, car ils ne connaissaient jusqu’alors que des hommes dans ces fonctions. Ma mission en tant que maire m’a toujours remplie de joie – mais aussi d’humilité. Je reste très motivée, mais je me réjouis aussi de pouvoir bientôt à nouveau être davantage maîtresse de mon agenda.

 

Quels ont été les plus grands défis pour vous en temps que maire? Avec le recul, que feriez-vous autrement?

L’un des défis majeurs que nous avons connus est la crise du coronavirus. Celle-ci a énormément restreint la vie urbaine. Nous avons été obligés de mettre en place très rapidement un soutien pour divers acteurs et actrices. Par exemple pour les travailleuses et travailleurs culturels qui d’un seul coup se sont retrouvés au bord du gouffre, pour les entreprises de la restauration et du commerce de détail ou les indépendant·e·s. Malgré une grande pression, nous avons trouvé pour elles et eux des solutions rapides et sans bureaucratie. C’est dans ces périodes difficiles qu’une ville montre son cœur.

 

Bien sûr, il y a aussi en 17 ans des choses que, de la perspective d’aujourd’hui, j’aborderais différemment. Ainsi, au Kunsthaus, dans le contexte de la Collection Bührle, exceptionnelle d’un point de vue artistique, mais sur laquelle pesait un lourd passé historique, j’ai réagi trop tard. Aujourd’hui, nous sommes toutefois beaucoup plus loin et investissons beaucoup dans la poursuite de la recherche et dans une présentation adéquate.

 

Zurich est la plus grande ville du pays et donc une partie importante du réseau suisse des villes. Qu’est-ce qui caractérise la Suisse urbaine?

Les villes de Suisse mais aussi d’autres pays sont confrontées à des défis similaires. Ce sont souvent des problèmes qui se manifestent aussi ailleurs ultérieurement. Il est donc important que les villes continuent à avoir le courage d‘aller de l‘avant en proposant des solutions et partagent leurs connaissances. En même temps, nous devons veiller à penser au-delà des frontières de la ville: nous devons davantage penser en termes d’espaces fonctionnels, et il y a besoin d’une compréhension mutuelle entre les villes, les communes d’agglomération et les régions rurales. Ensemble, nous sommes la Suisse.

 

En tant que vice-présidente de l’Union des villes suisses, vous avez représenté cette Suisse urbaine: comment les villes sont-elles perçues à l’échelle nationale?

Les villes sont le laboratoire du progrès et la locomotive économique de la Suisse. Elles génèrent quelque 80 % de la performance économique du pays. Le rapport entre les communes et le canton et entre les cantons et la Confédération est souvent un sujet polémique et parfois aussi brûlant. Jusqu’à un certain point, cela fait partie intégrante d’un État fédéral. Toutefois, ce qui m’inquiète est que divers acteurs politiques tentent de plus en plus de limiter la marge de manœuvre de l’échelon de l’État immédiatement inférieur, et ce, pour des raisons purement idéologiques et par soif de pouvoir politique. Cette tendance nuit au laboratoire d’idées performant qu’est le fédéralisme.

 

Que souhaitez-vous pour la ville de Zurich, en ce qui concerne la collaboration avec le canton et la Confédération?

Les villes, les cantons et la Confédération ayant besoin les uns des autres, il est important d’avoir une collaboration de bonne qualité et empreinte de respect. Souvent, cela réussit, mais sur certains sujets, nous ne sommes pas d’accord. Comme je l’ai déjà dit, cela devient par exemple difficile si on ignore, pour des raisons idéologiques, l’autonomie des communes – concrètement, comme pour le 30 km/h ou pour le droit de vote et d’éligibilité pour les personnes étrangères au niveau communal. J’espère pour la ville qu’elle se verra accorder sa marge de manœuvre, qu’elle l’utilisera et se mobilisera pour que celle-ci soit respectée.

 

À quels défis seront confrontées Zurich et la Suisse urbaine dans l’avenir?

Un défi crucial est et reste celui du logement. Nous voulons rester une ville pour tous. Dans l’enquête que nous avons menée auprès de la population en 2025, le logement devançait clairement pour la première fois le trafic dans la liste de problèmes les plus urgents. À Zurich, au cours des 20 dernières années, les loyers proposés ont presque doublé; on manque de logements abordables. La Ville s’implique là où elle le peut: nous achetons des terrains, nous construisons nous-mêmes, nous cherchons le dialogue avec les sociétés immobilières privées. Mais souvent, nous avons les mains liées, parce que notre marge de manœuvre est déterminée à l’échelon cantonal ou national. Récemment, dans le canton de Zurich, l’initiative pour un droit de préemption communal a par exemple été rejetée, ce qui est regrettable. Nous espérons qu’il y aura une autre votation en juin: la «Wohnschutzinitiative» (initiative pour la protection des logements) donnerait aux communes de nouvelles possibilités de protéger les logements abordables. Chaque ville et commune pourrait alors décider pour elle-même si elle veut faire usage de cette possibilité ou pas.

 

Si vous pouviez faire un vœu pour Zurich et la Suisse urbaine, quel serait-il?

Je souhaite aux villes du courage et les conditions-cadres adéquates pour pouvoir conserver leur fonction de laboratoire d’innovations. Au bout du compte, la Suisse entière en profite. Un exemple du passé: la politique des quatre piliers. Expérimentée à Zurich, elle est aujourd’hui un élément de politique nationale. Et un exemple actuel en provenance de Zurich: au sein d’un «quartier pilote zéro émission nette», nous expérimentons en pratique avec la population et des entreprises des mesures de protection du climat et les développons conjointement. Pour ensuite étendre ce qui fonctionne à l’ensemble de la ville.

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